Histoires

La tournée la plus incroyable de l’histoire. Quand le Dallas Tornado s'est offert un tour du monde en 1967...

Dallas Tornados 1967

Pensionnaire de la Ligue nord-américaine de football (NASL) jusqu’en 1981, le Dallas Tornado s’est lancé en 1967 dans une tournée mondiale incroyable. Jusqu’à jouer deux matchs dans un Vietnam en pleine guerre.

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Le nom de Bob Kap ne vous dit sûrement rien. Pourtant, en 1967, cet entraîneur méconnu s’est lancé avec ses joueurs de Dallas Tornado dans la plus folle des tournées mondiales de pré-saison.

Des trains à grande vitesse, un avion qui explose, des singes réquisitionnés pour des reconstitutions de guerre, des foules incontrôlables et même le Viet Cong : l’histoire de cette équipe de la Ligue nord-américaine de football (NASL) est à peine croyable.

Pendant six mois et demi, la formation US va visiter dix-neuf pays différents et disputer 45 matchs amicaux avec une équipe usée, un seul entraîneur, aucun personnel médical ni physiothérapeute. Et surtout sans la moindre idée de la prochaine destination et de la date du retour à la maison.

"A cette époque, on ne connaissait de Dallas que cette grande rue où JFK avait été abattu. Moi-même, je n’avais jamais entendu parler de cette ville jusqu'à cet événement."

- Mike Renshaw

Ce périple, aussi improbable que magique, a été imaginé par l’ancien sportif Lamar Hunt, devenu promoteur aux Etats-Unis du football américain, du tennis, du basket et bien entendu du soccer. En 1967, ce futur père-fondateur de la MLS (qui a également aidé à concevoir le Super Bowl) avait pour mission de vendre le football à un public américain de masse.

Un an plus tôt, Hunt avait été époustouflé après avoir vu l'Angleterre battre l'Allemagne lors de la finale de la Coupe du Monde 1966. Avec le lancement programmé de la Ligue nord-américaine de football (NASL) en 1968, Lamar Hunt voulait s’appuyer sur une équipe de Dallas, sa ville natale, pour envoyer un message et surtout modifier les perceptions d’un sport peu pratiqué aux USA.

"Il espérait que ce voyage ferait du bien à la ville de Dallas, confie à FourFourTwo Mike Renshaw, ancien milieu de terrain né Manchester, qui a joué pour le Tornado et l'a même entraîné. A cette époque, on ne connaissait de Dallas que cette grande rue où JFK avait été abattu. Moi-même, je n’avais jamais entendu parler de cette ville jusqu'à cet évènement."

Un groupe de globe-trotters inconnus

Une tournée mais avec qui ? Il a d’abord fallu bâtir une équipe et aussi étrange que cela puisse paraître, cela s’est avéré d’une incroyable simplicité. Bob Kap, originaire de Skopje et qui avait fui l'Europe avec sa famille pour rejoindre le Canada lors de la Révolution hongroise de 1956, avait tour à tour exercé les métiers de journaliste, psychiatre et antiquaire. Cela ne l’a pas empêché d’être nommé entraîneur du Tornado. Puis une campagne de publicité a été lancée via des journaux à travers l'Europe, vantant aux joueurs la possibilité d'une nouvelle vie aux Etats-Unis.

"C'était fou. Imaginez un groupe de joueurs qui partiraient aujourd’hui en tournée en Irak !"

- John Stewart

Mike Renshaw, âgé à l’époque de seulement 19 ans, évoluait avec les équipes de jeunes de Blackpool et avait effectué des essais avec Manchester United quand il a décidé de s’embarquer dans l’aventure. Le défenseur John Stewart, viré de son Liverpool bien-aimé par le légendaire Bill Shankly, a pour sa part considéré cette proposition comme un excellent moyen d’évacuer plus facilement sa rancœur. Quant à Brian Harvey, frère cadet de Colin, joueur vedette d’Everton, il avait lui aussi besoin de changement après n’avoir fait qu’une seule apparition avec Chester City.

Bop Kap serait donc leur salut, même si tout n'était pas encore très clair à ce stade-là. Au cours des six mois précédents, l'assistant de Lamar Hunt, Paul Waters, avait parcouru le globe en payant grassement un certain nombre de clubs et de fédérations pour établir le programme d’une tournée qui serait complètement impensable de nos jours. Mais qui était en revanche exceptionnelle à la fin des années 60.

Des escales en Australie, à Tahiti, au Japon et en Nouvelle-Zélande semblaient une bonne idée en comparaison de passages programmés en Inde, au Pakistan, en Iran et au Vietnam, pays déchiré par la guerre. "C'était fou, s’amuse encore John Stewart avec un petit sourire. Imaginez un groupe de joueurs qui partiraient aujourd’hui en tournée en Irak !"

De manière assez incroyable, le club n’a jamais fourni un programme ou un itinéraire détaillé aux joueurs de Dallas. Tout juste les prévenait-on un ou deux jours avant de leur future destination. "Je suis devenu un peu blasé de tous ces endroits que nous avons visités", avoue Bill Crosbie, un autre ancien joueur de Liverpool.

Et ce n'était pas si étonnant, dans la mesure où la plupart des escales n’étaient pas vraiment des sanctuaires du football. Alors que la tournée devait débuter en Espagne, l'équipe a été rassemblée dans le sud de la France, à Nice, pour que tous les joueurs puissent faire connaissance. Ou comment réunir un groupe d'étrangers sur le point de se lancer dans une aventure unique de globe-trotters...

Ils sont dix-huit à débarquer en Europe. Un groupe composé d'Anglais, de Hollandais, de Suédois, de Norvégiens et d’un seul joueur américain, du nom de Jay Moore. Tout ce petit monde a l’obligation de porter la tenue officielle du club – pantalon en jean, chemise à carreaux et un chapeau Stetson – mais également de passer chez le coiffeur pour ceux qui se prennent un peu trop pour les Beatles.

La consigne est claire : il faut ressembler à des Américains. "On était dans les années 60, avec les hippies et tout le reste, nous explique le milieu de terrain suédois Jan Book. Beaucoup d'entre nous avaient les cheveux longs. Mais Lamar Hunt ne voulait pas de ce look. Il voulait des joueurs grands, forts et propres."

Olé, olé, ola...

Compte tenu du programme et d’un timing souvent serré, les séances d'entraînement se font rares. Priorité est donnée à des évènements et des représentations, même si tout ne se passe pas toujours comme prévu.

A Madrid, les joueurs de Dallas assistent ainsi à une corrida quand ils sont expulsés de l’arène pour avoir manqué de respect envers le matador. "Il nous a jeté son chapeau alors on l’a ramassé et on lui a renvoyé en pleine tête, ricane Jan Book. Nous étions tous des petits cons et cela s’est retourné contre nous."

A Madrid, les joueurs de Dallas assistent ainsi à une corrida quand ils sont expulsés de l’arène pour avoir manqué de respect envers le matador

Les joueurs ont à peine le temps de se connaitre qu’il faut déjà disputer un premier match amical face la formation de Cordoue, qui avait battu trois semaines auparavant le puissant Real Madrid. "Nous étions morts de trouille, explique Book. Nous n'avions jamais joué dans de telles conditions."

La première sortie d’une équipe américaine sur le sol européen se solde par une lourde défaite (4-0). Pas de quoi cependant entamé l’enthousiasme de la joyeuse petite bande. Malgré une préparation hasardeuse, il y avait assez de talent, de jeunesse (moins de 20 ans de moyenne d’âge) et d'insouciance dans les rangs de Dallas pour envisager la suite de la tournée avec optimisme.

"Nous étions tous jeunes et en bonne forme, confirme Brian Harvey. Il y avait énormément de voyages au programme mais nous voulions jouer au foot." Cinq matchs sont prévus à Madrid et après deux victoires rassurantes, apaisant tout pessimisme ou nervosité, les joueurs de Dallas font même la rencontre de Ferenc Puskas - un vieux copain de Bob Kap durant ses années hongroises - et de ses coéquipiers du Real Madrid, qui mettent des étoiles plein les yeux des joueurs du Tornado.

Tout n’est cependant pas rose et la tournée de Dallas prend une première tournure inattendue après la traversée du détroit de Gibraltar. Opposés au club marocain UD Tanger, les garçons de Bob Kap se dirigent vers une autre victoire quand l'arbitre voit visiblement les choses différemment. Il prolonge ainsi le match pendant quinze minutes, espérant voir les joueurs marocains égaliser. Mais après le plus long temps additionnel de l’histoire, l’équipe américaine conserve son avantage et signe un nouveau succès.