Histoires

Mexique '86 : France-Brésil, l'inoubliable chef d'oeuvre de Guadalajara

Certains matchs sont devenus des références techniques. D’autres des sommets d’intensité et de dramaturgie. Et il y a ces rencontres, assez rares, où tout est réuni. Ce France-Brésil de 1986 fait partie de ces moments de légende.

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Non, l’histoire n’est pas toujours un éternel recommencement. Et ce France-Brésil de 1986 l’a prouvé, apportant enfin du réconfort à une équipe de France encore marquée par sa défaite en demi-finale contre l'Allemagne de l'Ouest quatre ans plus tôt.

A Séville, les Bleus avaient subi une faute honteuse de la part d'un gardien de but fou et dangereux. Puis ils avaient été éliminés lors d'une cruelle séance de tirs au but.

On disait que ce Brésil 86 était vieillissant. Mais il avait survolé son groupe avant de pulvériser la Pologne en huitième de finale

Sur la pelouse surchauffée de Guadalajara, ils ont de nouveau été victimes d’une faute impunie de la part d'un gardien et ont été emmenés vers une autre séance de tirs au but. Mais cette fois-ci, ils en sont sortis vainqueurs.

On disait que ce Brésil 86 était vieillissant. Mais il avait survolé son groupe, s’imposant face à l’Espagne, l’Algérie et l’Irlande du Nord sans encaisser de but. Avant de pulvériser la Pologne (4-0) en huitième de finale, bien que les Polonais aient frappé deux fois les montants.

La France, championne d'Europe deux ans plus tôt, avait connu un parcours similaire. Efficace plutôt que spectaculaire lors de la phase de poules (succès contre le Canada et la Hongrie, nul contre l’Union Soviétique) avant de monter en puissance en huitième face à l'Italie (2-0).

Sur la pelouse du stade Jalisco de Guadalajara, les Bleus et la Seleçao ont offert ce que Hugh McIlvanney, journaliste anglais du The Observer, a qualifié de match le plus extraordinaire de toute l'histoire de la Coupe du Monde.

C'est le Brésil qui a frappé en premier. Après une merveille d’action collective et une combinaison entre Muller et Junior, le ballon arrive sur Careca qui fusille Joël Bats d’une frappe surpuissante. Quatre minutes plus tard, l’attaquant de Sao Paulo, future recrue du Napoli, n’est pas loin du break mais sa tête est repoussée par le poteau.

Les Bleus sont alors au bord de l’asphyxie sous le cagnard mexicain. Mais ils vont revenir progressivement dans le match. Quatre minutes avant la mi-temps, Alain Giresse lance Dominique Rocheteau côté droit, dont le centre dévié échappe à Yannick Stopyra. Mais pas à Michel Platini qui égalise le jour de son 31eme anniversaire.

Le penalty de Zico aurait pu tout changer

"Le ballon vient sur mon pied gauche et j’ai mis une éternité à prendre mon temps, racontera au Monde l’ancien président de l’UEFA quelques années plus tard. J’y pense encore aujourd’hui. Ça dure longtemps, longtemps pour que le ballon arrive jusqu’à moi. Est-ce que je frappe fort ou est-ce que je fais opposition ? Comme le gardien était par terre et que j’étais passé devant le défenseur, je fais opposition et marque le but.Peut-être qu’en France, les gens derrière leur écran ont sorti le champagne mais moi je ne pouvais pas fêter le but car il n’y avait que des Brésiliens dans le stade."

Des supporters brésiliens qui vont passer par toutes les émotions après le repos. Careca frappe de nouveau sur le poteau, imité par Zico qui se se voit ensuite offrir un penalty à la 73eme minute après une faute de Bats sur Branco.

Les Brésiliens se félicitent prématurément mais celui qui avait marqué contre le Pérou en 1978, convertissant un penalty après être sorti du banc, échoue cette fois-ci sur le gardien français. Un avant-goût d’une séance de tirs au but héroïque même si avant cela, les Bleus vont revivre le sentiment d’injustice de Séville quatre ans plus tôt.

Lancé par Platini au tout début de la prolongation, Bruno Bellone devance la sortie de Carlos qui s’accroche à l’attaquant français. La faute est grossière mais Bellone essaie de rester debout avant d’être repris par un défenseur brésilien. L'arbitre ne bronche pas et sur le contre, un centre de Careca transperce la défense française mais Socrates, seul face au but, ne parvient pas à reprendre le ballon.

"Nous avons tous pensé à 1982, reconnait Manuel Amoros. Mais tu continues de jouer et tu essaies de rendre les choses différentes." Michel Platini a eu des mots beaucoup moins diplomatiques : "S’il avait marqué, ça aurait été un scandale. Je m’en souviens comme si c’était hier : on a tous râlé contre l’arbitre. Mais Socrates rate et on va aux penaltys."

Bellone frappe le poteau mais la tête de Carlos propulse le ballon dans les filets... Puis arrive le tour de Michel Platini.

Qui dit match exceptionnel dit également séance de tirs au but historique. Bats repousse la première tentative de Socrates, Bellone frappe le poteau mais la tête de Carlos propulse le ballon dans les filets... Puis arrive le tour de Michel Platini.

"Je vais vers le point de penalty avec les chaussettes en bas, se souvient Platini dans les colonnes du Monde. Je suis fatigué. Mais j’y vais pour marquer le but, pour remporter le match, pour envoyer le groupe en demi-finale et aller ensuite gagner la Coupe du Monde. Je prépare le ballon, je le mets bien sur le point de penalty. Je tire en pensant le mettre en bas à droite, et le ballon part en haut à gauche."

Un sentiment de déjà-vu accablant. "Je ne pouvais pas croire que Michel avait manqué", a avoué le regretté Henri Michel. Puis Julio Cesar a frappé le poteau, laissant à Luis Fernandez le soin de convertir la dernière tentative française et d’envoyer les Bleus en demi-finale. Le démon de l'Allemagne de l'Ouest ne pouvait cependant pas être vaincu si facilement. Défaite 2-0 au terme d’une partie déjà oubliée. Ce quart face au Brésil, en revanche, est inscrit dans l’éternité.