Histoires

Espagne '82 : Quand les All Whites de Nouvelle-Zélande ont marqué les esprits et gagné les cœurs...

Si la Nouvelle-Zélande était présente au Mondial sud-africain de 2010, elle n’en était pas à son coup d’essai. En 1982, elle était devenue le deuxième pays d’Océanie (après l’Australie en 1974) à participer à une phase finale. En se frottant notamment au Brésil.

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Les images sont légèrement granuleuses. On y voit un groupe de footballeurs tout de blanc vêtus, en train de déjeuner dans la véranda d’un hôtel sous le soleil de Marbella. Le film officiel de la FIFA pour la Coupe du Monde de 1982 met en scène une équipe néo-zélandaise appréciant chaque minute de son séjour en Espagne. Et pourtant, ils étaient alors nombreux à se demander si cette formation avait sa place dans un tournoi mondial.

"Ian St John trouvait dommage que la FIFA permette à de si petites équipes de jouer la Coupe du Monde et il pensait que la Nouvelle-Zélande perdrait certains de ses matchs sur des scores de cricket"

- John Adshead

"Ian St John (ndlr : international écossais entre 1959 et 1965) avait déclaré qu'il trouvait dommage que la FIFA permette à de si petites équipes de jouer la Coupe du Monde et il pensait que la Nouvelle-Zélande perdrait certains de ses matchs sur des scores de cricket", se souvient encore John Adshead, sélectionneur anglais de ces All Whites entre 1979 et 1982.

Le match d’ouverture du Groupe 6, entre la Nouvelle-Zélande et l’Ecosse, semblait donner raison à l’ancien joueur écossais. Score à la pause : 3-0 en faveur des Britanniques. Mais les Néo-Zélandais n’avaient pas volé leur place en Espagne, parcourant près de 100 000 kilomètres durant leur campagne de qualification pour battre des équipes comme la Chine, l'Arabie Saoudite et surtout les rivaux australiens.

Quand la seconde période débuta sur la pelouse de Malaga, toutes les critiques furent bientôt réduites au silence. "Nous avons marqué deux buts très vite en deuxième mi-temps et nous avons ensuite frappé sur le poteau, se remémore John Adshead. Les Ecossais ont été secoués et des joueurs comme Souness et Strachan se disputaient même entre eux."

Pas de miracle cependant. L'Écosse a retrouvé ses esprits et s’est finalement imposée 5-2. Mais malgré cette défaite, Adshead a senti que son équipe avait réussi son examen de passage.

"Nous avons donné une bonne réplique aux Ecossais, estime encore l’ancien sélectionneur de la Nouvelle-Zélande. Beaucoup pensaient que notre seule façon de résister serait de donner des coups à nos adversaires. Mais nous avons été la seule équipe de cette Coupe du Monde à ne pas recevoir un seul avertissement. J’ai parlé avec Jock Stein à la fin de ce premier match. Et le coach écossais a salué notre façon de jouer et a estimé que les gens au pays pouvaient être fiers de nous."

Des journalistes déguisés en joueurs

L’opération séduction avait commencé. Et elle s’est accélérée à la vitesse grand V quand Adshead, déterminé à tirer le meilleur parti de ce moment sous les projecteurs espagnols, a décidé d’ouvrir le centre d’entraînement de son équipe aux médias du monde entier. Un accès sans précédent, notamment à l’occasion du deuxième match de groupe contre l'Union Soviétique.

John Adshead a ainsi permis à l'équipe de télévision de la FIFA de pénétrer dans le vestiaire des Kiwis. "L'accréditation de l'équipe de télévision signifiait qu'ils ne pouvaient pas avoir accès aux vestiaires, raconte l’ancien sélectionneur. Alors nous leur avons donné des survêtements néo-zélandais et nous avons caché leurs caméras dans nos sacs de maillots. Quand nous sommes arrivés à Malaga pour le match contre l’URSS, la sécurité nous a fait sortir du bus. Et une fois à l'intérieur des vestiaires, l'équipe de télévision a tout récupéré et a tout filmé."

Battue 3-0 par les partenaires de Blokhine, la Nouvelle-Zélande était devenue la chouchou des médias du tournoi. Et les journalistes de la FIFA n’étaient pas les seuls sous le charme. "Le Brésil avait fermé toutes ses séances d'entraînement aux médias alors nous avons invité Globo dans notre hôtel pour nous filmer à différents moments du tournoi, sourit Adshead. Un jour, nous avons eu l’idée de mettre des maillots jaunes afin que les journalistes de Globo puissent plaisanter en disant qu'ils avaient enfin pu filmer les Brésiliens. Ils ont trouvé ça drôle et les gens de la chaine nous ont dit que nos joueurs étaient désormais connus au Brésil."

Déjà qualifiée pour les huitièmes de finale, la Seleçao aurait pu faire tourner. Mais elle s’est présentée avec toutes ses forces pour ce dernier match du groupe.

"Je dois admettre que j'ai été un peu frappé par toutes ces étoiles, se rappelle Ricki Herbert, défenseur néo-zélandais en 1982 et sélectionneur des All Whites entre 2005 et 2013. C'était un rêve devenu réalité de jouer en face de Socrates, Falcao et Zico. Une équipe de grande classe. Et même si nous avons perdu 4-0, c'était une expérience fantastique que je n'oublierai jamais."

Ce tournoi espagnol a également eu un impact énorme à l’autre bout de la planète. Pour la première fois dans l'histoire de la Nouvelle-Zélande, le football a fait la Une des journaux à la place du rugby. Il faut dire que l’année précédente, une tournée des Springboks sud-africains avait déclenché une énorme polémique dans le pays. Invasion du terrain par les manifestants anti-apartheid, émeutes dans les rues d'Hamilton et un rugby néo-zélandais qui divisait l'opinion publique.

"Avant d'aller en Espagne en 1982, le rugby était en désordre chez nous, reconnait aujourd’hui Adshead. Les All Whites sont arrivés dans ce contexte et ils ont commencé à gagner des matchs. Donc tout le pays a soutenu l'équipe de football pour la Coupe du Monde." Un ballon rond devenu briévement numéro 1 au pays des All Blacks.