Interviews

La grosse interview : William Gallas - "Je voulais retourner à Marseille et diviser mon salaire par deux"

William Gallas

Regrette-t-il d'avoir perdu son sang-froid à St Andrew's ? Est-ce qu'il s'est vraiment disputé avec Villas-Boas à Tottenham ? Pourquoi n'est-il pas retourné à Marseille ? Kanté est-il plus fort que Makélélé ? William Gallas nous répond avec son franc-parler habituel.

We are part of The Trust Project What is it?

Peu de joueurs étrangers ont montré autant d'affection pour la capitale anglaise que William Gallas. L'international français a joué pendant une douzaine d'années en Angleterre, comptabilisant 319 matchs en Premier League avec Chelsea, Arsenal et Tottenham. Il est donc tout à fait normal que notre rencontre commence dans un taxi anglais se dirigeant vers le lieu de sa séance photos : à Stamford Bridge.

Qu'est-ce qui vous plaît tant à Londres ? Et qu'est-ce qui vous ennuie le plus dans cette ville ?
C'est une ville cosmopolite. Vous pouvez rencontrer des gens différents, faire l'expérience de cultures différentes et sentir que vous pouvez parler à n'importe qui dans la rue. Par exemple, si vous voulez aller quelque part et que vous êtes perdu, les gens s'arrêteront et prendront le temps de vous montrer le bon itinéraire. Mais en même temps, Londres a beaucoup changé. Quand je suis arrivé en 2001, il n'y avait pas beaucoup de circulation et les gens étaient très patients sur la route. J'ai maintenant l'impression que les gens ne sont plus aussi patients dans leur voiture.

Votre cousin est le joueur de rugby Mathieu Bastareaud. Avez-vous déjà joué au rugby ? A t-il joué au football ? Et si vous aviez échangé de sport, qui aurait été le meilleur ?
Moi, jouer au rugby ? Regarde mon corps, comment pourrais-je jouer au rugby ? Je me casserais la jambe. Vous savez, mon cousin a la même taille que moi, 1.83m, mais mon poids est de 82 kilos et lui en fait presque 120. Il est épais mais il est encore très rapide. Mathieu est passionné de football mais je ne suis pas sûr qu'il soit un bon joueur. Je dirais qu'il jouerait mieux au football que moi au rugby. Si je jouais au rugby, je m'enfuirais. Je sais que mes adversaires pourraient m'attraper et me mettre par terre très facilement.

Avec Marseille contre Manchester United en Ligue des champions en 1999-00, vous avez marqué un but superbe après une superbe accélération et donné la victoire à l'OM. Vous vous faisiez passer pour un attaquant à l'époque ? 
J'avais débuté comme attaquant à l'INF Clairefontaine. Mais alors que les autres joueurs avaient été recrutés par des clubs au bout de deux ans, j'ai dû rester un an de plus dans l'académie car je n'avais pas de bons résultats en attaque. Mon entraîneur m'a dit : "William, tu n'es pas un si bon attaquant, ni un bon ailier, ni non plus un bon milieu de terrain. Cette année, c'est ta dernière saison alors tu dois jouer à l'arrière." Je me souviens que cela s'est passé avant un match contre le Paris Saint-Germain. J'ai commencé à jouer arrière droit et j'ai été bon. Et le match suivant, c'était contre Auxerre et cela s'est bien passé également. Mon coach a dit : "C'est ton poste." À la fin de la saison, j'ai reçu une invitation de Caen puis j'ai intégré leur équipe première au bout d'un an. Deux saisons plus tard, je suis allé à Marseille.

Est-ce que vous vous entendiez mieux en défense centrale avec Marcel Desailly ou John Terry lorsque vous étiez à Chelsea ? Pouvez-vous les comparer ?
Je ne peux pas choisir, les deux étaient des défenseurs de classe mondiale. En 1998, Marcel était le meilleur défenseur du monde tandis que John a connu son meilleur niveau autour de 2006. Je pense que Marcel était un professeur pour John. Quand je suis arrivé à Chelsea, Marcel m'a dit : "William, nous avons un jeune garçon ici et il est vraiment talentueux, il sera le futur capitaine de l'Angleterre." Je me souviens de ma première séance d'entraînement avec eux. Tout était tellement nouveau pour moi alors j'étais un peu intimidé. Et quand j'ai vu John, je me suis dit : "Oh mon Dieu, il peut faire de longues passes avec ses deux pieds, je ne peux pas faire ça." Il était vraiment fort. Je pensais que ce serait vraiment difficile pour moi d'être titulaire à Chelsea. Mais j'ai donné le maximum tous les jours et j'ai fini par jouer comme je l'avais fait avec Marseille.

Comment le club de Chelsea s'est transformé et structuré après l'arrivée de Roman Abramovich en 2003 ?
Il est devenu plus professionnel. Le niveau d'organisation s'est considérablement amélioré. Abramovich a commencé à investir beaucoup d'argent dans les joueurs mais aussi dans les membres du personnel comme les entraîneurs, les médecins, les physios et même un chef cuisto pour faire la nourriture. Il a également déplacé le terrain d'entraînement de Harlington vers Cobham. Une fois, j'ai entendu dire qu'avant qu'Abramovich ne vienne à Chelsea, il n'était pas sûr du club dans lequel il voulait investir. J'ai entendu dire que c'était entre Chelsea, Tottenham et Liverpool. Il a décidé d'acquérir Chelsea lorsque nous avons battu Liverpool lors de notre dernier match de la saison 2002-03, ce qui nous a permis de terminer quatrièmes et de nous qualifier pour la Ligue des Champions devant Liverpool. Sinon, il aurait peut-être acheté Liverpool. En tant que président, il est très passionné. Lorsque nous gagnions des matchs, il venait souvent dans les vestiaires et parlait à certains joueurs. Il m' a dit : "Comment allez-vous ? Comment vous sentez-vous ? Est-ce que ça va ? Je t'ai vu recevoir des coups, tu penses que tu seras en état pour jouer le prochain match?" Il était vraiment proche de nous.

Ce que les gens doivent aussi comprendre, c'est que nous n'avons jamais eu de bagarres. Et c'était grâce à José

Concernant le "but fantôme" d'Anfield en 2005, pPensez-vous que le ballon a franchi la ligne ?
Non, non, la balle n'a pas franchi la ligne. J'en suis sûr, je l'ai dégagée ! Je m'en souviens très bien. C'était décevant car notre équipe était probablement la plus forte d'Europe en 2005 et si nous avions eu l'occasion d'aller en finale, nous aurions été champions. Gagner la Ligue des Champions était mon rêve.

Chelsea n'a encaissé que 15 buts en 2004-05. C'est insensé. Comment avez-vous fait ?
C'était incroyable mais nous étions très forts sur le plan défensif. José Mourinho s'est toujours concentré sur ce côté-là. Chaque fois que nous avions une réunion avec les joueurs, il disait : "Je ne veux pas que mon équipe prenne de but." Ce que les gens doivent aussi comprendre, c'est qu'il n'y a jamais eu de conflit. Et c'est grâce à José. Quand quelque chose se passait mal, il le disait tout de suite. Si un joueur ne jouait pas bien, il lui disait : "Je t'ai demandé de faire ça. Pourquoi tu ne l'as pas fait ?" Cela facilitait les choses pour tout le monde car vous vous concentriez sur votre propre jeu.

Avez-vous inscrit dans votre carrière un autre but comme celui contre les Spurs en 2006 ?
Non, c'est le plus beau but de ma carrière. Comment pourrais-je marquer un plus beau but que celui-là ? Même mon fils me montre toujours ce but. "Réalises-tu ce que tu as fait ?" me demande-t-il. "Oui mon fils, je sais." Il est toujours fier de regarder cette vidéo. Ce que les gens n'ont jamais su, c'est que la veille du match, j'ai peut-être dormi deux ou trois heures. J'avais oublié que le coup d'envoi était à l'heure du déjeuner alors je me suis couché tard. Quand ils m'ont appelé le lendemain matin, j'ai pensé : "Je suis foutu, je ne peux pas jouer !" Mon esprit était fatigué. Mais quand j'étais sur le terrain, je n'y pensais pas trop. C'est peut-être pour ça que j'ai marqué ce but !