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Rafael van der Vaart : "Je n'ai pas de grands regrets"

Rafael van der Vaart FourFourTwo

Agé de 35 ans, Rafael van der Vaart vient d'annoncer la fin de sa carrière. L'occasion pour lui de revenir sur un parcours qui l'a mené de l'Ajax à Tottenham en passant par le Real ou le Danemark.

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Photo : Kasper Sveistrup Povlsen

En 2003, il est devenu le premier Golden Boy, un prix décerné par des journalistes sportifs européens, et la compétition était rude. "Si je me souviens bien, Wayne Rooney et Cristiano Ronaldo étaient deuxième et troisième cette année-là", nous dit Van der Vaart avec un sourire malicieux. Le Néerlandais n'a pas perdu son sens de l'humour. Il jongle gaiement avec des oranges en utilisant ses mains et ses pieds pendant notre séance photos, pour le plus grand plaisir de son fils Damien, qui adore aussi le football. "Chaque fois que je passe devant un match amateur, dit-il, je suis toujours tenté de jeter un coup d'œil rapide." Avec tous ces agrumes à portée de main, Rafa s'installe pour répondre à nos questions.

Vous avez grandi dans un camping-car. Comment était cette vie ? 
C’était une vie normale mais à chaque fois que j'ai déménagé dans un autre pays, on m’a posé la question car c'était assez inhabituel. J'y ai passé des moments merveilleux. Beaucoup de gens pensent que c'est lié à la pauvreté mais ce n'est pas du tout le cas. C'était très sociable. Mes parents ne vivent plus dans un camping-car car après avoir signé mon premier contrat à l’Ajax, je leur ai acheté une maison. Mais d'autres membres de la famille vivent toujours là-bas, dans un parc, alors je passe les voir de temps en temps.

C'est vrai que vous faisiez semblant d'être Romario quand vous étiez enfant ? Pourquoi lui ? Étiez-vous un grand fan du PSV ?
Oui, Romario était mon joueur préféré ! Je le regardais beaucoup quand il jouait au PSV Eindhoven mais j'étais naturellement fan de l'Ajax, surtout quand j'ai été recruté dans leur académie. Ce que j'aimais vraiment chez Romario, c’est que parfois, on le voyait à peine pendant le match. Mais à la toute dernière minute, il avait soudainement un moment de génie qui allait faire gagner le PSV.

Vous avez été décrit comme le nouveau Johan Cruyff très tôt dans votre carrière. Que pensez-vous de cette comparaison ?
Certaines personnes faisaient des comparaisons mais personnellement, je n'ai jamais vraiment aimé en faire moi-même. Je ne voulais pas être la prochaine version de tel ou tel joueur. Je voulais me faire un nom. Quand j'étais plus jeune, j'ai toujours su que j'étais un bon joueur mais il était impossible de prévoir jusqu'où j'irais. J'avais un bon pied gauche et une vision du jeu supérieure aux autres. Mais je n'étais pas le plus rapide et mon pied droit n'était pas exceptionnel. Il y avait pas mal de choses sur lesquelles j'avais besoin de travailler. J'ai toujours dit que ce que j’aurais aimé pouvoir changer dans mon jeu, c'est la rapidité. Etre assez rapide pour pouvoir passer devant les adversaires au lieu d'être tout le temps débordé ! Je pense que la vitesse peut faire une énorme différence, au point de me dire que si j'avais été plus rapide, j'aurais pu gagner le Ballon d'Or à un moment de ma carrière.

Quel a été votre meilleur moment à l'Ajax ?
Il y en a eu plusieurs. Quand j'avais 10 ans, j'ai été invité à rejoindre leur centre de formation. Je me souviens avoir reçu l’équipement d'entraînement et j'ai soudainement pu me sentir comme un joueur de l’Ajax. Dès lors, mon objectif chaque saison était de rester au club et de faire mes débuts en équipe première. J'ai réussi à le faire à l’âge de 17 ans. Je me souviens clairement de l'appel téléphonique que j'ai passé à mon père pour lui dire que j'avais été choisi dans l'équipe senior. Une fois que je me suis établi en équipe première, le meilleur moment de ma vie a été lorsque j'ai marqué un but incroyable contre Feyenoord. Quand on marque un but comme ça, on se rend compte qu'il est peu probable que l'on connaisse un autre moment unique.

Quelle est la vérité sur vous et Zlatan Ibrahimovic ? A-t-il vraiment menacé de vous casser les jambes ? Comment votre relation est-elle devenue si froide ?
Oui, c’est vrai mais Zlatan dit cela à tout le monde. C'est aussi vrai qu'à cette époque, les choses ne fonctionnaient pas entre nous deux. Mais je préfère être dans une équipe avec des gens honnêtes comme lui, même s'il y a quelques brouilles. Il n'y a pas eu de moment précis où nous nous sommes disputés. Nous ne nous entendions pas bien en général.

À l'Ajax, Ronald Koeman vous a enlevé le brassard de capitaine, soi-disant parce que vous aviez refusé de jouer sur l'aile lors d’un match de Ligue des Champions. C'est vraiment ce qu’il s'est passé ?
Oui, c’est vrai. Un jour, avant un match contre le Bayern Munich, Ronald est venu me voir et m'a dit : "En ce moment, tu n’es pas assez bon pour jouer au milieu de terrain, nous voulons que tu joues ailier gauche". Je n'étais pas content de cette décision car si je n'étais pas assez bon pour jouer à mon poste naturel, comment pourrais-je bien jouer sur une aile ? En fin de compte, j'ai demandé à être sur le banc, ce qui m'a finalement fait perdre mon brassard de capitaine. Plus tard, après notre départ de l’Ajax, nous avons reconnu nos erreurs avec Ronald. Je suis le premier à admettre que mes actions ne sont pas les plus intelligentes et cet incident témoignait d'un manque de respect envers Koeman.

Comment vous êtes-vous senti lorsque Johan Cruyff a utilisé sa chronique dans De Telegraaf pour critiquer votre transfert à Hambourg ? Pourquoi être parti là-bas alors que de nombreux autres clubs vous voulaient ?
Cela ne me dérange pas que quelqu'un donne son opinion dans une rubrique. Mais en ce qui concerne mon transfert à Hambourg, je me souviens que je n'étais pas très enthousiaste quand ils m'ont approché la première fois. J'ai accepté de visiter le club et l’accueil fut incroyable. J'ai parlé avec le directeur Thomas Doll, Bernd Hoffmann et Dietmar Beiersdorfer, et leur vision du club était vraiment impressionnante. J'ai pu voir un stade qui était phénoménal et je me suis vite rendu compte que c'était le club pour lequel je voulais signer.

Comment était-ce de jouer pour le Real Madrid ? Avez-vous vécu intensément cette expérience ?
Dans l'ensemble, j'ai passé de très bons moments là-bas. C'était très difficile de sortir quelque part à Madrid sans se faire remarquer. À Londres, c'était moins un problème et ici au Danemark (ndlr : il a rejoint Midtjylland en 2016), c'était encore plus calme. Mais en général, c'est agréable quand les gens viennent vous voir ou discutent un peu, bien que je ne sois pas trop intéressé par la foule. Mais je ne m'en plains pas parce que si vous ne voulez pas de ce style de vie, vous devez rester footballeur amateur.