Histoires

L’histoire d’amour impossible entre Juan Sebastian Veron et Manchester United

Entre 2001 et 2003, Juan Sebastian Veron s’est perdu sur la pelouse d’Old Trafford. Au point d’être considéré comme l'un des pires transferts de l'histoire de la Premier League. L’Argentin n’est pourtant pas le seul responsable de ce fiasco.

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"Un put... de grand joueur !" C’est un Alex Ferguson très remonté qui fait face à la presse en cet hiver 2002. Le coach écossais monte vite dans les tours dès qu’il s’agit de prendre la défense de Juan Sebastian Veron.

Le meneur de jeu argentin, débarqué à Manchester United l’été précédent, multiplie pourtant les performances médiocres sous le maillot des Red Devils. Mais il en faut plus pour un Sir Alex qui n’en démord pas. "Vous êtes des put... d’idiots", lâche-t-il aux journalistes. Conférence de presse terminée.

Le passage de Veron en Angleterre est pourtant bel et bien ressenti comme un échec retentissant. On retrouve son nom dans tous les articles qui recensent les pires signatures dans l'histoire du football anglais, cité généralement et injustement entre Andriy Shevchenko et Tomas Brolin.

Ces deux-là étaient arrivés en Premier League alors que leur carrière commençait à décliner et ils se sont perdus sur les pelouses du Royaume-Uni. D’autres étaient promis à un bel avenir quand ils ont débarqué mais n’ont jamais su confirmer (Bébé, Djemba-Djemba, Kleberson).

Veron, lui, n’appartenait à aucune de ces deux catégories. Le milieu de terrain argentin était à son apogée à l'été 2001 quand Manchester United l’a recruté moyennant 42 M€ - un record pour le football anglais à l'époque. Un artiste de classe mondiale, brillantissime avec Parme puis la Lazio et qui, à 26 ans, avait encore plusieurs années de haut niveau devant lui.

Alors forcément, la question se pose : Veron a-t-il été si mauvais que cela en Angleterre ? Son désastreux passage à Chelsea lors de la saison 2003-04 tend à le prouver, même si sa réputation avait déjà beaucoup chuté à ce moment-là. Mais on parle surtout de ses deux années à Manchester pour valider son échec en Premier League. Et si on se trompait ?

Le doublé avec la Lazio

Le processus qui a conduit United à recruter La Brujita (le petit sorcier) a débuté en avril 2000, après une cuisante défaite face au Real Madrid en quarts de finale de la Ligue des Champions. Ce jour-là, la formation anglaise est largement surpassée sur la pelouse d’Old Trafford, incapable de gérer les mouvements de Steve McManaman et d’Ivan Helguera. Ou de répondre tactiquement au 4-3-3 du Real, avec Fernando Redondo comme chef d’orchestre pour prendre les espaces et orienter le jeu à sa guise.

Grand adepte du 4-4-2 (comme la plupart des coachs de l’époque), Alex Ferguson n’a pu que constater les dégâts. Roy Keane et Paul Scholes ont été surpassés par le milieu madrilène et le coach écossais a pris une grande décision : revoir son système. United avait pourtant remporté la Ligue des Champions l’année précédente mais Sir Alex était convaincu qu’il ne serait plus possible de retrouver les sommets européens sans une petite révolution de palais.

Juan Sebastian Veron, lui, était dans la forme de sa vie avec la Lazio. Débarqué à Rome en juillet 1999 en provenance de Parme (pour 30 M€), il avait fait ses débuts contre Manchester United en Supercoupe d'Europe. Puis il avait marqué en championnat contre Cagliari, inscrivant cinq buts lors des six premières journées.

Veron était dans la forme de sa vie avec la Lazio. Débarqué à Rome en juillet 1999 en provenance de Parme (pour 30 M€), il avait fait ses débuts contre Manchester United en Supercoupe d'Europe

Dans l'une des saisons les plus mémorables de l'histoire de la Serie A, la Lazio a comblé un retard de neuf points pour s'emparer du Scudetto 2000, coiffant la Juventus lors d’une dernière journée épique. Une Juve en déplacement à Pérouse et menée au score quand un déluge a contraint l’arbitre à interrompre le match.

Quand les joueurs sont revenus sur la pelouse pour disputer les dix dernières minutes, la Lazio avait terminé sa rencontre, balayant la Reggina (3-0) avec un but de Veron. Il a donc fallu patienter. Mais la Vieille Dame a été incapable de revenir, laissant le titre filer à Rome.

Les Biancocelesti avaient connu pareille désillusion la saison précédente face au Milan, laissant échapper le trophée lors de l'avant-dernier match de la saison sur le terrain de la Fiorentina.

Une époque où le football européen regorgeait de talentueux milieux de terrain. Et Veron était parmi les meilleurs d'entre eux

Entre ces deux saisons, une seule différence : Veron ! L’Argentin avait les clés du jeu de la Lazio et surtout le feu vert pour se projeter en permanence vers l’avant. Conséquence, il a marqué huit fois en Serie A - record personnel - et a multiplié les passes décisives, contribuant pleinement au doublé de son équipe.

Une époque où le football européen regorgeait de talentueux milieux de terrain. Et Veron était parmi les meilleurs d'entre eux.

Des débuts étincelants à Manchester

La saison 2000-01 ne fut pas du même acabit, avec l'effondrement de la présidence de Sergio Cragnotti. Une saison marquée par le départ en plein championnat de Sven-Goran Eriksson, nommé sélectionneur de l’Angleterre, mais surtout par le scandale des faux passeports. Suspecté d’une naturalisation et d’une descendance italienne douteuses, le joueur argentin sera finalement complètement disculpé mais cette affaire a bien évidemment un immense impact sur sa forme. Si bien qu’il ne dispute que 22 matchs de championnat, sans pouvoir empêcher la Lazio de perdre sa couronne.

Les temps sont plus joyeux du côté d’Old Trafford où Manchester United décroche facilement son troisième titre consécutif en Premier League. Mais les joueurs de Ferguson ont encore pris une leçon tactique en Ligue des Champions. Cette fois-ci, c’est le Bayern Munich d’Ottmar Hitzfeld qui met un terme au parcours européen des Red Devils, battus à l’aller comme au retour lors d’un quart de finale à sens unique. La facilité avec laquelle le milieu de terrain bavarois a pris le dessus sur son homologue anglais finit de convaincre Sir Alex : son 4-4-2 a vécu.

Le coach écossais avait une autre idée en tête : prendre sa retraite au terme de la saison 2001-02, en brandissant la Ligue des Champions au terme d’une finale programmée chez lui, à Glasgow. Avec le double recrutement de Ruud van Nistelrooy et de Juan Sebastian Veron, tous les rêves semblaient permis pour United.

Cette bonne période a continué en septembre et Veron est désigné joueur du mois. Des années plus tard, Nicky Butt n’a pas oublié les formidables débuts de l’Argentin

Les débuts de l’Argentin en Angleterre n’ont pas déçu. Comme il l'avait fait avec la Lazio, il a marqué quatre fois lors de ses huit premiers matchs et a surtout montré toute l’étendue de ses talents dès sa deuxième apparition, face à Blackburn. Face à trois défenseurs, Veron trouve l’espace et adresse une passe chirurgicale à Ryan Giggs, qui conclut victorieusement. La patte de l’Argentin se pose déjà sur la Premier League.

Cette bonne période a continué en septembre et Veron est désigné joueur du mois. Des années plus tard, Nicky Butt n’a pas oublié les formidables débuts de l’Argentin. "Il était tellement incroyable, se souvient l’ancien Red Devil. Et du coup, je me disais que je n’aurais plus jamais l’opportunité de jouer et que j’allais rester sur le banc."

Auteur d’un superbe coup-franc lors d'une défaite face à Bolton, Veron ne peut masquer une terrible série pour United : une seule victoire en sept journées de Premier League, avec surtout trois défaites consécutives. Ferguson hésite encore tactiquement et alterne constamment entre le 4-4-2 et le 4-5-1. Le meneur argentin, qui ne sait jamais où il va jouer d'une semaine sur l'autre, en est la principale victime. Ses performances s’en ressentent et les premières critiques ne tardent pas à fuser.