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Gennaro Gattuso : "J'ai perdu mon sang-froid et je lui ai planté une fourchette dans la jambe"

Gennaro Gattuso

Gennaro Gattuso a fait carrière en exploitant sa rage intérieure pour son club et son pays. Mais comme il l'admet, "l'animal à l'intérieur devait sortir de temps en temps". Avec des conséquences désastreuses pour ceux qui gravitaient autour de lui, y compris ses coéquipiers...

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Illustration : Alexander Wells

"La première fois que j’ai vu quelqu'un qui a perdu son sang-froid, c'était ma mère et j'avais peut-être huit ou neuf ans. J'avais collé un poster du milieu de terrain italien Salvatore Bagni sur le mur de ma chambre. C'était une publicité - il portait des chaussures Dr Martens. C'était l’un de mes héros préférés. Ce qui m'a le plus frappé chez lui, c'est qu'il jouait toujours avec ses chaussettes remontées jusqu'aux chevilles, et non jusqu'aux genoux comme tous les autres joueurs. Cela peut sembler bizarre pour un jeune garçon mais j'ai adoré le fait qu'il jouait sans protège-tibias, avec ses jambes trapues exposées aux mauvais coups. Ma mère m'a dit que je devais enlever le poster. J’ai essayé de le faire mais la moitié de la peinture s'est détachée du mur en même temps. Elle m'a giflé.

À ma façon

Je ne veux jamais perdre, pas même une partie de cartes avec mes amis. Cela fait partie de mon caractère et j'ai toujours été motivé pour réussir dans tout ce que je fais. C'est une partie de mon ADN, sans aucun doute. C'est un trait que j'ai hérité de mon père et de mes oncles. En fait, dans ma famille, ce sont tous les mêmes.

En tant que joueur, j'avais ma propre façon de faire les choses. Je n'ai pas toujours suivi les conseils des autres. J'ai joué à ma façon. Je me pesais tous les jours et je mangeais tout le temps la même nourriture - du riz blanc et du poulet. Je n'ai jamais touché à un verre de vin, je buvais uniquement de l'eau. J'allais courir tout seul tous les soirs. 

Avant les matchs, j'étais un maniaque. Je restais debout toute la nuit à regarder la télévision ou des films puis je dormais l'après-midi avant le coup d'envoi.

C'est peut-être pour cela que je n'ai jamais eu de colocataire. En fait, je me souviens que quand Milan a joué contre l'Inter en demi-finale de la Ligue des Champions en 2003, j'ai dû dormir sur le canapé durant deux semaines. J'étais une boule de nerfs.

J'ai récemment décidé de ne plus jouer au football avec mes amis parce que je me suis retrouvé très souvent au cœur de disputes idiotes. C'est la même chose avec Milan et mes anciens coéquipiers. Je vais essayer d'éviter de jouer avec eux car quand je mets mes chaussures et mon maillot, je ne fais pas attention à mes adversaires. Et je ne réalise pas ce que je fais. Ensuite, je me dis : "J'ai fait ceci, j'ai dit cela" et je me sens coupable. Donc c'est mieux que je reste en dehors de cela. Peut-être qu’à la place, j'irai courir tout seul. Chaque fois qu'il y a un ballon en jeu, l'animal à l'intérieur de moi ressurgit.

Les Rangers

Quand j'avais 12 ans, j'ai rejoint le centre de formation de Pérouse, où j'ai passé cinq ans. Les premiers mois ont été terribles - je me sentais vraiment seul - mais j'ai souffert en silence parce qu'au fond de moi, j'étais convaincu que c'était le bon endroit pour progresser. Nous avons gagné presque tous les tournois de jeunes auxquels nous avons participé et je sentais que je m'améliorais énormément. J'avais de plus en plus envie de réussir chaque jour.

Certains entraîneurs pensaient que j'étais spécial et que j'avais du talent. Mais je n'ai pensé à rien d'autre qu'à travailler dur, courir, pédaler, travailler dans le gymnase et me battre pour réussir dans le football. Par la suite, j'ai été sélectionné en équipe d'Italie des moins de 18 ans. J'ai participé à un tournoi en France et un recruteur des Rangers m'a regardé jouer et a aimé ce qu'il voyait. Peu de temps après, je me suis rendu à Glasgow. J’avais 19 ans.

C'est à Glasgow que j'ai commencé à penser que je pouvais devenir un footballeur professionnel. Quand je jouais à Pérouse, au fond de moi, je pensais que je n'avais pas le mental pour être sur un terrain et jouer sans craindre de commettre une erreur. Mes jambes tremblaient, mes émotions prenaient le dessus. Mais quand je suis arrivé en Écosse, tout a été complètement différent. J'ai compris que je pouvais faire ce travail à un très haut niveau et j'ai eu la chance de jouer aux côtés de grands joueurs comme Brian Laudrup, Jonas Thern et Paul Gascoigne.

C'est à Glasgow que j'ai commencé à penser que je pouvais devenir un footballeur professionnel

Même si d'un point de vue comportemental, Paul n’était pas toujours exemplaire, il m’a souvent donné des conseils et m'a aidé à m'installer à Glasgow. Gascoigne est célèbre pour ses farces - il m'a accueilli chez les Rangers en faisant ses besoins dans mes chaussettes. Mais il y avait aussi beaucoup de gestes de bonté chez lui que peu de gens connaissent.